Rein Lang, ministre estonien de la justice, s’explique à propos de l’affaire le mettant en cause

Publié le 28 Septembre 2009

Dans une interview accordée, le vendredi 25 septembre, à l’émission « Ringvaade » sur la chaîne ETV, le ministre de la justice, est revenu sur les raisons qui l’avaient amené à prendre la décision de rayer le député russe de la Douma, Sergueï Markov, de la liste des personnes interdites d’entrée dans l’espace Schengen. Une décision qui pour certains relève presque de la haute trahison. D’ailleurs, le journaliste engage directement la discussion en soulignant, avec le sourire, que Rein Lang donnerait l’impression d’être un nouveau « Hermann Simm » ; cet ancien haut fonctionnaire du ministère estonien de la défense reconnu coupable de haute trahison par la justice estonienne en février 2009. Le ministre ne sait par où commencer, tellement l’accusation lui parait absurde.

Pour répondre à la question de savoir pourquoi, il a fallu qu’il prenne cette décision en tant que ministre de l’intérieur par intérim, alors que le Gouvernement était dans une phase transitoire après le limogeage des ministres sociaux-démocrates, Rein Lang fait remarquer que « l’État estonien fonctionne 24h/24, en ce sens que, peu importe qui est ministre et depuis combien de temps, les décisions doivent être prises continuellement ».

Il indique également que cette décision concernant la radiation de Sergueï Markov de cette fameuse liste noire de l’espace Schengen, a été prise à la demande du ministère des affaires étrangère. « La demande n’est pas venue de M. Urmas Paet mais du ministère des affaires étrangères en tant qu’administration. Sur ce point, il y a une lettre et dedans il était demandé que l’affaire soit examinée dans les plus brefs délais », précise-t-il.

La demande concernait également Vassili Iakemenko, ancien leader de l’association des jeunes russes pro-Kremlin Nachi (Les nôtres), cependant Rein Lang refusa sa levée d’interdiction d’entrée sur le territoire de l’espace Schengen au motif qu’il existait des preuves contre lui, ce qui n'était pas le cas de Sergueï Markov. « A propos de Markov, nous n’avons malheureusement aucune preuve », indique le ministre. «  Nous n’avons pas la moindre donnée permettant d’établir que Markov aurait organisé ces [cyber]attaques, qu’il y aurait participé ou qu’il les aurait propagées », confie Rein Lang. Ceci étant, le ministre souligne que Sergueï Markov fait toujours l’objet d’une interdiction d’entrée sur le territoire estonien. Il explique qu’en vertu de l’accord Schengen, l’Estonie n’est pas habilitée à empêcher qu’une persona non grata en Estonie puisse se rendre dans un autre État de l’espace Schengen, d’où le décalage qu’il peut y avoir entre l’interdiction du territoire Schengen et celle concernant seulement l’un de ces pays.

Le ministre estonien de la justice constate, par la même occasion, que ce scandale vient d’une divulgation d’un secret d’État. Un fait dont il s’indigne. « Je suis tellement habitué à ce que malgré la loi sur les secrets d’État en vigueur en Estonie, des secrets d’État fuient, encore une fois, comme une passoire. (…) J’en ai vraiment marre de ces fuites », déclare-t-il en gardant son sang-froid.

A la question de savoir qui a pu divulguer les faits de cette affaire, le ministre répond avec prudence, sans citer de nom, même si tous les regards se tournent vers Jüri Pihl, président du Parti des sociaux-démocrates et ministre de l’intérieur, juste avant l’arrivée de Rein Lang pour le remplacer provisoirement : « C’est justement l’objet de la procédure pénale, de révéler qui a précisément divulguer l’information. J’espère que la police de sécurité et le parquet feront un travail minutieux ».

Le fait d’exposer au grand jour, à quelques semaines des élections régionales, une décision prise il y a plusieurs mois, laisse à penser qu’il s’agit d’une campagne de diffamation destinée à jeter le discrédit, de façon générale, sur le Parti de la réforme. Rein Lang se dit outrer de voir que la politique étrangère estonienne et les secrets d’État sont utilisés à des fins de campagne électorale. « En plus d’être humainement répugnant, c’est pour moi, en tant que ministre de la justice, quelque chose d’absolument inacceptable », ajoute-t-il.

 

Pour voir la vidéo de l’interview (en estonien !) cliquer ici.

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Gouvernement et crise gouvernementale

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