Le ministre estonien de la justice dans la tourmente

Publié le 25 Septembre 2009

Dans son édition du 23 septembre, le journal Postimees a révélé que le ministre de la justice, Rein Lang (RE), avait levé l’interdiction de visa à l’encontre de M. Sergueï Markov, député de la Douma d’Etat de la Fédération de Russie, soupçonné d’être l’instigateur des attaques menées en avril 2007 par des pirates informatiques contre des sites Internet du Gouvernement estonien, en représailles au déplacement de la statue du soldat de bronze. Le Premier ministre Andrus Ansip et le ministre de la justice confirmèrent, à l’époque, que certaines de ces cyberattaques venaient de la présidence russe puisque étaient apparues des adresses IP (numéros qui identifient chaque ordinateur connecté à Internet) de l’administration présidentielle russe.

C’est pourquoi, le député de la Douma figurait sur la « liste noir » de l’espace Schengen, concernant les personnes interdites d’entrée et de séjour sur le territoire des États appartenant à cet espace et dont fait partie l’Estonie depuis le 1er mai 2004. Le ministre estonien de la justice justifie sa décision en raison du manque de preuve sur la participation de Sergueï Markov à ces activités criminelles (voir sur ce point l’article dans le blog Estonie – ilus on maa).

La décision de radier M. Markov de cette fameuse liste avait été prise, à la demande du ministre des affaires étrangères, M. Urmas Paet (RE), au printemps dernier alors que le ministre de la justice remplissait également les fonctions de ministre de l’intérieur par intérim après le départ du gouvernement de Jüri Pihl (SDE) le 21 mai et la prise de fonction du nouveau ministre de l’intérieur, Marko Pomerants (IRL) le 4 juin.

Le chef de la diplomatie estonienne a avoué aux journalistes de la ERR que ce sont les partenaires européens de l’Estonie qui l’aurait poussé à agir de la sorte, car ils considéraient que  l’interdiction de visa, dont était l’objet Sergueï Markov, n’était pas une réaction adéquate de l’Estonie. Prié de préciser ce qu’il attend par « partenaires européens », Urmas Paet déclare : « Par exemple, un très haut représentant de la Commission européenne ». Une accusation que réfute catégoriquement l’institution communautaire. « La Commission européenne n’a pas exercé, de quelque manière que ce soit, de pression sur le Gouvernement estonien », a indiqué le porte-parole de la Commission, Michele Cercone, sur la chaîne ETV. « Mettre quelqu’un sur une liste d’interdiction de visa ou la retirer de cette liste est une compétence qui relève exclusivement des Etats membres », souligne le fonctionnaire européen.

 

Sur le plan de la politique intérieure estonienne, il reste maintenant à savoir si Rein Lang gardera ou pas son portefeuille de ministre de la justice. Les sociaux-démocrates ont déjà annoncé qu’ils déposeront une motion de censure contre celui-ci. Il y a aussi de forte chance que les députés du Parti du centre se joignent à cette motion. La présidente du groupe centriste au Riigikogu, Mme Kadri Simson, a fait savoir que le Parti du centre prendra sa décision de soutenir ou non la motion de censure la semaine prochaine.  « Le Ministre Lang s’est comporté d’une façon qui peut gravement nuire à la sécurité de l’Estonie », confie la députée centriste. « Nous évaluerons sérieusement si le ministre Lang a été loyal envers l’Estonie et s’il mérite de poursuivre sa tâche de ministre », dit-elle. Kadri Simson souligne également le particularisme de cette motion de censure par rapport à celles qui ont été déposées dans le passé. « Cette proposition de motion de censure contre le ministre se distingue des précédentes car auparavant, il n’y en a jamais eu pour dénoncer le fait de jouer avec la sécurité de l’Estonie et de brader les intérêts nationaux », remarque-t-elle.

Les partis d’opposition espèrent obtenir le soutien de l’Union Pro Patria-Res Publica (IRL), alliée au Parti de la réforme dans l’actuelle coalition gouvernementale. Un espoir fondé entre autre sur le fait que le Parti IRL avait exprimé quelque réserve à la reconduction de Siim Kallas au poste de commissaire européen, allant ainsi contre la position du Premier ministre Andrus Ansip. Le Parti reste toutefois prudent sur la question d’une motion de censure. « Le sujet est délicat. Il convient de se poser la question de savoir si et à quel endroit des fautes ont été commises sur ce sujet », indique le vice-président du groupe IRL au Parlement, M. Andres Herkel.

Le Premier ministre a, quant à lui, exprimé son soutien à l’égard de son ministre. « A ma connaissance actuellement, il n’y avait aucun fondement à inscrire Sergueï Markov sur la liste noire de l’espace Schengen et Rein Lang n’a rien fait de mal. L’Estonie est un État de droit et si les sociaux-démocrates souhaitent pour cette raison exprimer leur défiance à l’égard de Lang, une question se pose alors : qu’est-ce qu’un État de droit selon les sociaux-démocrates ? »,  confie Andrus Ansip.

L’affaire reste donc à suivre !

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Gouvernement et crise gouvernementale

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