Une rencontre à Moscou entre le maire de Tallinn et le président de la Douma tourne au scandale en Estonie

Publié le 22 Septembre 2009

Le 11 septembre dernier, le maire de Tallinn, M. Edgar Savisaar, accompagné d’une délégation de la municipalité et de deux députés du Parti du centre, s’est rendu à Moscou pour y rencontrer, outre son homologue moscovite, M. Iouri Loujkov, le président de la Douma d’État, chambre basse du Parlement russe, M. Boris Gryslov, le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, M. Konstantin Kossatchev et des dirigeants du groupe parlementaire « Russie unie ». « Russie unie et le Parti du centre d’Estonie sont des collègues et des partenaires qui comprennent la nécessité d’avoir des relations plus étroites entre nos deux pays », a indiqué M. Gryslov avant le début de leur entretien. Le Parti « Russie unie » est une formation centriste que préside l’actuel Premier ministre russe, Vladimir Poutine et avec laquelle le Parti du centre, au pouvoir dans la capitale estonienne, entretien des relations amicales, au point qu’un accord de partenariat a même été conclu à la fin de l’année 2004. Dans le cadre de cette rencontre, les deux partis centristes se sont mis d’accord sur la création de groupes de travail communs afin d’étudier les différentes options permettant d’améliorer et de développer les échanges commerciaux entre leurs pays respectifs. Selon eux, une nouvelle impulsion est nécessaire pour sortir du « cul-de-sac » dans lequel se trouvent les relations économiques entre les deux pays (sic !). Edgar Savisaar a insisté sur la nécessité d’accroître la coopération en matière de transit et d’ouvrir le marché des grandes métropoles russes aux produits agricoles estoniens. Boris Gryslov a expliqué, pour sa part, qu’il est important de promouvoir les échanges au niveau des régions frontalières entre la Russie et l’Estonie. « Il serait nécessaire [que l’Estonie] développe des liens avec les oblasts de Leningrad, de Pskov et de Novgorod », a affirmé le président de la Douma. Il a aussi été annoncé qu’une délégation de la ville de Moscou se rendra à Tallinn le 30 septembre prochain, pour participer à l’inauguration d’une place, dans le quartier de Lasnamäe, en l’honneur du patriarche Alexis II de Moscou, né à Tallinn le 23 février 1929 et décédé le 5 décembre 2008 dans sa résidence près de la capitale russe. La rencontre avec le président de la Douma et les députés de « Russie unie » a déclenché un scandale en Estonie, suite à certaines déclarations contenues dans le communiqué de presse du groupe parlementaire centriste russe (voir ici le texte du communiqué en russe). On peut y lire que : « Les centristes d’Estonie et de Russie sont d’avis qu’une réécriture de l’histoire et notamment de l’histoire de la seconde guerre mondiale est intolérable ». Par ailleurs, selon le communiqué de presse, M. Gryslov aurait tenu les propos suivants : « Nous nous opposerons systématiquement aux tentatives visant à mettre sur la même ligne le fascisme et le régime instauré en URSS ». C’est précisément de ces déclarations, rapportées dans la presse estonienne, qu’est parti le scandale, puisqu’elles laissaient supposer qu’un accord était passé entre les deux partis centristes pour condamner toute révision historique de la dernière guerre mondiale et toute mise en parallèle du fascisme et du communisme. Interrogé sur ce point par les journalistes estoniens, le porte-parole du président de la Douma, M. Konstantin Tarassov, a toutefois formellement démenti l’existence d’un tel accord. Le Parti du centre a catégoriquement rejeté toute allégation selon laquelle son leader aurait convenu de cette vision des choses à propos de l’histoire. Le vice-président du groupe du Parti du centre au Riigkogu, Ain Seppik, présent lors de l’entretien avec ses homologues russes, a affirmé que la question sur l’histoire n’a représenté qu’une infime partie de ce qui a été dit au cours de la discussion. Le député estonien regrette que les médias se soient focalisés sur ce seul aspect de la rencontre sans chercher à en examiner tout l’ensemble. « C’est extrêmement dommage, car avec une telle attitude tendancieuse, nous n’arriverons jamais à une discussion politique nécessaire avec la Russie et nos relations ne seront pas près de s’arranger », reconnaît-il avec agacement. La commission des affaires étrangères du Riigikogu a alors demandé à Edgar Savisaar qu’il vienne expliquer ce qui s’est dit lors de cette rencontre avec les hauts représentants de la Douma. « Il est de bonne tradition que, lorsque des rencontres intéressantes ont lieu lors de visites de ce type, nous invitions la personne concernée à venir à une séance de la commission des affaires étrangères pour lui demander de faire une présentation du contenu des rencontres et ensuite de lui poser des questions », explique le président de la commission des affaires étrangères, M. Sven Mikser. « Ce qui nous intéresse avant tout ce sont les rencontres avec le président de la Douma, Boris Gryslov et avec le président de la commission des affaires étrangères, Konstantin Kossatchev », déclare-t-il. Le maire de Tallinn ainsi que les deux députés du Parti du centre présents lors de ces rencontres, à savoir Mme Mailis Reps et M. Ain Seppik, ont cependant décliné l’invitation de la commission des affaires étrangères. « Si Savisaar refuse de faire part de toute information à la commission des affaires étrangères, alors c’est qu’il a quelque chose de sérieux à cacher », constate le président de la commission des affaires européennes, M. Marko Mihkelson, dans une interview accordée au portail Delfi.ee le week-end dernier. A la question de savoir s’il considérait cette visite d’Edgar Savisaar à Moscou comme de la propagande pré-électorale, Marko Mihkelson répond que « si Savisaar avait souhaité éviter de mettre en relation la visite avec les élections, il aurait demander de l’organiser après le 18 octobre ».

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Estonie-Russie

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