Les russophones d’Estonie à l’unisson aux européennes ?

Publié le 18 Mars 2009

Il semblerait que oui à en croire l'information rapportée avant-hier, lundi 16 mars, par la ERR, service public de radiodiffusion-télévision d'Estonie, selon laquelle les russes d'Estonie se seraient mis d'accord pour présenter une liste unique, qui serait celle du Parti uni de la gauche d'Estonie (Eestimaa Ühendatud Vasakpartei). Parmi les candidats de cette liste au mandat de député européen, on trouverait le maire de la ville de Maardu, Georgi Bõstrov, le président de l'Union des citoyens russes, Juri Mišin ainsi que le directeur du Centre d'information sur les droits de l'homme, Aleksei Semjonov. Ce dernier confie aux journalistes que la décision de se porter candidat sur une liste unique n'a pas été facile à prendre mais que tous ont compris qu'il n'y avait pas d'autre voie. « Il y a tout simplement trop peu d'électeurs russophones pour que nous puissions être élus en se portant candidats séparément. La seule possibilité est de se présenter avec une liste unique », explique-t-il. Une seule ombre au tableau : la décision, début mars, d'un des dirigeants du mouvement des jeunes russophones Nochnoi Dozor (Veille de nuit), Dimitri Klenski, de se présenter aux élections comme candidat indépendant. Un choix qui n'est peut-être pas sans rapport avec son acquittement, le 5 janvier 2009, à l'issue du procès dans lequel il était accusé d'avoir fomenté les émeutes d'avril 2007 suite au démontage de la statue du soldat de bronze à Tallinn et grâce auquel il a certainement gagné en popularité auprès de la population russophone. Klenski indique qu'il a pris cette décision parce qu'il doutait de la capacité des forces partisanes russes d'Estonie à s'entendre pour constituer, selon lui, une véritable liste unique. « Aussi bien le Parti uni de la gauche, que le Parti russe ont fait savoir qu'ils participeraient séparément aux élections. On parle aussi d'une troisième liste, celle du Parti de la Constitution. Chacun d'eux a l'intention de présenter sa liste comme « liste russe unique ». Par conséquent, on déstabilise consciencieusement les électeurs »,  déclarait-il le 5 mars dernier.

Le point sur lequel les artisans de la liste des russophones d'Estonie ne sont pas encore parvenus à un accord concerne l'ordre de présentation des candidats et la question de savoir qui dirigera ladite liste.

Ceci étant, en acceptant de présenter une liste unique aux européennes, les politiciens russes d'Estonie font contre mauvaise fortune bon cœur. Une attitude pragmatique qui consiste à mettre de côté leur clivage idéologique traditionnel pour se concentrer sur leur principal objectif commun qui est de remporter un siège au Parlement européen. « Cet objectif est difficile mais néanmoins réel », avoue Bõstrov.

Lors des précédentes élections européennes du 13 juin 2004, deux partis politiques défendant les intérêts de la minorité russophones étaient en lice. Le Parti russe d'Estonie (Vene Erakond Eestis) et le Parti travailliste social-démocrate (Eesti Sotsiaal-demokraatlik Tööpartei), devenu, en décembre 2004, Parti de la gauche estonienne (Eesti Vasakpartei), puis, depuis juin 2008, Parti uni de la gauche d'Estonie, suite à sa jonction avec le Parti de la Constitution (Konstitutsioonierakond). Rappelons également que celui qui pourrait, aujourd'hui, conduire la liste, encore indéterminée, des candidats russophones,  Georgi Bõstrov, avait fait cavalier seul aux élections de 2004. 

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Elections européennes du 7 juin 2009

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Rodolphe Laffranque 19/03/2009 19:30

Bonjour Corinne,
Votre question est loin d'etre naive. Les elections europeennes sont-elles reellement un scrutin transnational? Le Parlement europeen est-il reellement transnational? Il devrait l'etre, dans les textes, mais la realite montre plutot qu'il s'agit d'un Parlement des Etats de l'UE. Pour revenir à l'election, les Etats ne se sont meme pas mis d'accord pour un mode de scrutin unique. Alors bien sur, dans ce contexte, il est difficile d'imaginer des listes transnationales. Mais il n'y a rien, tant que je sache, qui l'interdise. S'agissant du cas des russophones estoniens, ils n'ont pas vraiment l'air de chercher a constituer une liste unique avec leurs voisins de Lettonie. Ils ont deja du mal chez eux! Mais bon je peux me tromper. Ce n'est qu'une impression. Je ne suis pas dans le secret des dieux! Pareil pour ce qui est de votre 2e question. Si relations il y a elles se font dans l'ombre parce que je n'en ai pas echo. A vrai dire, je n'ai pas creuse la qestion. Ce serait un bon sujet de recherche ... pour des politologues par exemple.
Merci pour vos commentaires ... et vos questions qui font vivre ce blog.
Rodolphe

corinne 19/03/2009 18:01

J'avais une petite question, peut-être naïve (!) : ne peut-on imaginer (notamment pour les élections européennes qui sont un scrutin transnational ou en tout cas devraient l'être...) que les russophones d'Estonie et de Lettonie par exemple s'unissent soit ne faisant liste commune, soit en menant campagne commune car leurs problèmes sont similaires même s'ils vivent bien sûr dans deux Etats différents ? question plus large : y a t-il une quelconque communication et relation entre les minorités russophones de ces deux pays ?
Merci en tout cas encore pour votre éclairage sur ce sujet européen sont on parle si peu en Europe.
Corinne