Motion de censure en préparation contre le Gouvernement en Estonie

Publié le 28 Octobre 2016

Mme Kadri Simson, députée et chef de l'opposition au Riigikogu

Mme Kadri Simson, députée et chef de l'opposition au Riigikogu

L’opposition coalisée contre le Gouvernement

Les trois partis d’opposition représentés au Riigikogu, c’est-à-dire le parti du centre, le parti libre et le parti populaire conservateur, s’apprêtent à déposer une motion de censure contre le Premier ministre, M. Taavi Rõivas.

La présidente du groupe du parti du centre au Parlement, Mme Kadri Simson, qui est à l’initiative du projet de censure, a rappelé que sa décision n’est pas récente mais remonte à deux ans quand son parti avait menacé le Gouvernement d’un dépôt de motion de censure s’il venait à proposer M. Juhan Parts comme candidat pour siéger à la Cour des comptes européenne à la place de Mme Kaljulaid. Or c’est précisément la décision qu’a prise le Gouvernement Rõivas le 10 octobre dernier, le jour même où Mme Kaljulaid a prêté serment au Riigikogu marquant sa prise de fonction en tant que Présidente de la République estonienne.

Mme Simson précise aujourd’hui que la candidature de M. Parts, telle qu’elle a été décidée par le Gouvernement contre l’avis de l’opposition d’organiser un concours général, n’est pas le seul motif qui justifie le dépôt d’une motion de censure. Elle indique que le Premier ministre s’est montré, à plusieurs reprises, incapable de diriger l’action du Gouvernement. « Sous la direction du Premier ministre, le Gouvernement n’est pas parvenu à faire adopter les textes juridiques nécessaires à la mise en œuvre de la réforme territoriale, le parti de la réforme n’a même pas l’intention de retirer les députés des conseils d’administration des entreprises, la question des ferries a été résolue en conseil des ministres de la façon dont nous voyons comment cela fonctionne actuellement : il n’y a tout simplement pas de nouveaux bateaux », estime la député centriste.

Le parti populaire conservateur (EKRE) qui entend se joindre au parti du centre pour censurer le gouvernement, avance des reproches d’un tout autre ordre. Selon le président de son groupe parlementaire, M. Martin Helme, la politique d’immigration serait irréfléchie et il y aurait une émigration trop importante d’Estoniens vers l’étranger. « Ce sont deux sujets d’une importance existentielle pour l’Estonie mais le Premier ministre ne semble pas le comprendre »,  indique le député de l’extrême droite estonienne. Ce dernier reproche encore au Gouvernement d’avoir mis en place un système fiscal qui entraverait le développement économique, d’avoir adopté un agenda en matière de défense qui ne tiendrait pas compte du contexte sécuritaire présent et d’avoir mené l’agriculture à la crise.

Le Premier ministre attend le dépôt de la motion en tout sérénité

« Je suis avec beaucoup d’exaltation l’incapacité de l’opposition à décider ce qu’il faut me reprocher. Autrefois, la formulation des critiques prenait des heures, aujourd’hui cela prend des semaines », remarque M. Rõivas avec amusement.

Le Premier ministre peut être serein car même si les groupes parlementaires d’opposition arrivent à s’entendre pour déposer une motion de censure contre lui et que tous les députés d’opposition votent en faveur de la motion, il y a peu de chance qu’elle aboutisse à un renversement du Gouvernement. En effet, si le droit de déposer une motion de censure appartient à 21 députés, celle-ci ne peut être adoptée qu’à condition d’obtenir la majorité absolue des membres du Riigikogu, à savoir au moins 51 députés. Or, le parti du centre compte 27 députés, le parti libre 8 et le parti EKRE 7. Avec 42 voix, il en manquerait 9 pour faire le compte. A moins d’une surprise venant des membres de la coalition gouvernementale (formée des partis de la réforme, social-démocrate et IRL), la motion de censure qui, selon les informations recueillies par la ERR, devrait être déposée au bureau du Riigikogu le 7 novembre, semble être vouée à l’échec.

Rédigé par Rodolphe Laffranque

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