La mission du FMI en Estonie pointe du doigt une productivité trop faible

Publié le 25 Octobre 2016

Conférence de presse à Tallinn en présence du chef de la mission du FMI, M. Christoph Klingen, du président de la Banque d'Estonie, M. Ardo Hansson et du ministre des finances, M. Sven Sester

Conférence de presse à Tallinn en présence du chef de la mission du FMI, M. Christoph Klingen, du président de la Banque d'Estonie, M. Ardo Hansson et du ministre des finances, M. Sven Sester

A l’issue de sa visite officielle annuelle dans le cadre de la procédure dite de consultations des pays membres au titre de l'article IV de ses Statuts, la Mission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par M. Christoph Klingen, s’est dit satisfaite de la politique économique menée en Estonie et des réformes engagées dans ce domaine. Cette année, les économistes du FMI se sont penchés sur les raisons de la faible croissance économique de l’Estonie en s’intéressant, tout particulièrement, à la compétitivité de l’économie estonienne, à la situation du marché l’emploi, à la façon d’améliorer la productivité et au rôle de l’Etat dans l’économie. Le seul point négatif relevé par les experts internationaux concerne le trop faible niveau de productivité dans le pays. Interrogé à ce sujet par la chaîne ETV en conférence de presse hier (lundi 24 octobre), M. Klingen indique que si le niveau de productivité continue de baisser ainsi, «  cela entrainera un affaiblissement de la compétitivité de l’Estonie et compromettra sa capacité sur les marchés d’exportation ».

 

La Mission note ainsi dans les premières lignes de ses conclusions : « Grâce à des institutions fortes et à des réformes déterminées, l’économie estonienne a accompli, au cours des décennies écoulées, d’impressionnants progrès en termes de niveau de vie. Cependant, la croissance de la productivité a été molle ces dernières années, tandis que les salaires  ont connu une forte augmentation, ce qui commence à affecter la compétitivité. Les efforts pour stimuler la productivité pourraient être intensifiés davantage et dans le même temps, l’accroissement des salaires devrait rester en adéquation avec les données fondamentales de l’économie de manière à garantir une croissance durable continue dont les bénéfices seraient largement partagés. Dans ce contexte, les politiques publiques ont un rôle crucial à jouer ».  

 

Le rapport souligne également  que si la consommation des ménages reste dynamique, les experts du FMI prévoit que la croissance économique du pays devrait croître de 1,5 % du PIB cette année et de 2,5 % l’an prochain.

 

Le FMI recommande à l’Estonie de s’efforcer de mettre en équilibre la productivité et l’évolution des salaires pour éviter un risque de perte de compétitivité. Cet avis est entièrement partagé par la Banque centrale estonienne. Comme le fait remarquer son président, M. Ardo Hansson, au cours de la conférence de presse, cela fait longtemps que la Banque d’Estonie suit avec beaucoup d’inquiétude l’excès de croissance des salaires par rapport aux gains de productivité de même que la diminution des bénéfices des entreprises. « Dans le contexte d’un ralentissement des chiffres de la croissance économique, on assiste à une hausse aussi bien du nombre de personnes en activité que du salaire moyen. La croissance est venue des secteurs utilisateurs de main d'œuvre, tandis que, dans les secteurs à forte intensité capitalistique comme l’énergie et l’industrie d’extraction, la valeur ajoutée a régressé », constate M. Hansson. Celui-ci annonce qu’ « à l’avenir, la politique économique estonienne devra se focaliser sur les mesures permettant d’accroitre les capacités de croissance ».

 

La Banque d’Estonie estime toutefois que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans l’économie pour stimuler la demande. « Les indicateurs estoniens concernant l’emploi et la croissance des salaires démontrent qu’il n’est pas nécessaire que l’Etat intervienne pour accroitre la demande », observe M. Hansson. Selon lui, la clé de la croissance économique de l’Estonie est le développement des marchés cibles ainsi que la compétitivité et la capacité d’exportation des entreprises.

 

Les économistes du FMI sont pourtant d’avis qu’une baisse du taux des cotisations sociales au niveau de l’année précédente contribuerait à accroître la compétitivité des exportations.

 

Invité à commenter les conclusions de la Mission du FMI notamment sur la question de l’interventionnisme étatique, le président de la commission des finances du Riigikogu, M. Remo Holsmer, considère que l’Etat peut aider à améliorer la situation économique en créant un environnement fiscal favorable. « Ce n’est pas à l’Etat de dire quelle doit être la productivité de telle ou telle entreprise. C’est avant tout l’affaire de l’entreprise. A côté de cela, l’Etat peut créer un environnement fiscal favorable, augmenter les investissements grâce au budget, ainsi que réduire la bureaucratie dans les relations entre les entreprises et l’Etat », confie-t-il au micro de la ERR

 

 

Source : ERR (24/10/2016)

 

Les conclusions de la Mission sont disponibles (en anglais) sur le site web du FMI

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Informations pratiques (fiche technique sur le site du FMI)

Les missions du FMI : Le FMI surveille le système monétaire international et suit les politiques économiques et financières de ses 189 pays membres. Dans le cadre de cette «surveillance» exercée au plan mondial et national, le FMI met en lumière les risques éventuels pour la stabilité et donne des conseils sur les ajustements nécessaires en matière de politique économique. De cette façon, il aide le système monétaire international à atteindre son objectif fondamental de soutenir la croissance économique en facilitant les échanges de biens, de services et de capitaux entre les pays et en assurant les conditions nécessaires à la stabilité économique et financière.

„ Les consultations avec les pays membres : Les économistes du FMI assurent un suivi permanent de l'économie des pays membres et se rendent sur place — en général une fois par an — pour un échange de vues avec le gouvernement et la banque centrale afin d'évaluer la présence de risques pesant sur la stabilité intérieure et mondiale qui justifieraient d'ajuster les politiques économiques ou financières. Leur principal objectif est de déceler les risques qui peuvent peser sur la stabilité intérieure et internationale et préconiser d'éventuels ajustements des politiques économiques ou financières. Les entretiens portent principalement sur le taux de change, les politiques monétaire, budgétaire et financière, ainsi que sur les réformes structurelles essentielles au plan macroéconomique. Les missions du FMI rencontrent également d'autres parties prenantes, dont les parlementaires, les chefs d'entreprise, les syndicats et la société civile, pour mieux évaluer les politiques économiques nationales et les perspectives. De retour au siège, les services du FMI soumettent un rapport pour examen au Conseil d'administration, dont l'opinion est ensuite transmise aux autorités nationales, ce qui conclut la procédure dite de consultations au titre de l'article IV. Les activités de surveillance ont gagné en transparence ces dernières années. Aujourd'hui, presque tous les pays membres acceptent de publier un communiqué de presse, qui récapitule les points de vue du Conseil, ainsi que le rapport des services du FMI et l'analyse connexe. Bien des pays publient en outre une déclaration des services du FMI à l'issue de la mission.

 

 

 

 

Rédigé par Rodolphe Laffranque

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Jean-Denis 26/10/2016 19:40

Bonsoir , désolé de mettre encore mon grain de sel dans cette histoire d'économie pilotée par le FMI mais ici "on chipote " au gouvernement Estonien pour des salaires un peu trop élevés , les Estoniens toujours bons élèves (déjà du temps de l'URSS) se mettront en quatre pour suivre les directives mais...pour ce fameux FMI n'a -t-il rien dit rien fait pour la Grèce qui s'est trouvée endettée , engloutie dans les problèmes . Ce n'est qu'une réaction épidermique qui me touche de tout près j'ai de la famille en Grèce et en Estonie et j'enrage devant cette situation inacceptable. bien à vous bonne soirée.

Rodolphe Laffranque 27/10/2016 11:14

Ouh là effectivement!! dans ces conditions, je peux comprendre votre sensibilité lorsqu'on aborde la question du FMI. l'Estonie et la Grèce c'est le jour et la nuit. Mais j'adore ces deux pays énormément pour des raisons complètement différentes. Merci pour vos commentaires!