Présidentielle estonienne 2016 : Le Parlement n’a pas désigné de successeur à Toomas Hendrik Ilves

Publié le 7 Septembre 2016

Présidentielle estonienne 2016 : Le Parlement n’a pas désigné de successeur à Toomas Hendrik Ilves

Le Riigikogu n’est pas parvenu à élire le prochain Président de la République qui sera à la tête de l’État pendant les cinq ans à venir. Mandature au cours de laquelle la petite République balte a déjà un agenda très chargé, comme notamment fêter ses 100 ans d’existence (en 2018) et présider le Conseil de l’Union européenne (de juillet à décembre 2017).

Les résultats lors des trois scrutins au Parlement

Lors des trois tours de scrutin, qui se sont tenus les 29 et 30 août, aucun des candidats n’a réussi à obtenir la majorité des 2/3 des suffrages exprimés, soit 68 voix comme ce fut le cas à trois reprises dans le passé : en 1996, en 2001 puis en 2006.

Pour le premier tour, trois candidats étaient en lice : le président du Riigikogu, Eiki Nestor, pour le parti social-démocrate, la députée, Mailis Reps, pour le parti du centre et Allar Jõks, avocat et ancien chancelier du droit, soutenu par le parti IRL et le parti « libre » (Vabaerakond). Eiki Nestor a obtenu 40 voix, Mailis Reps, 26 et Allar Jõks, 25. Huit députés ont voté blanc.

Lors du deuxième tour, le jour suivant, trois personnalités s’étaient portées candidates : l’ex-Premier ministre et ancien vice-président de la Commission européenne Siim Kallas, pour le parti de la réforme, puis à nouveau, Mailis Reps et Allar Jõks. Siim Kallas a obtenu 45 voix, Mailis Reps, 32 et Allar Jõks, 21. Un député a voté blanc.

Siim Kallas et Mailis Reps, en tant que candidats ayant obtenu le plus de suffrages, ont participé au troisième tour qui a eu lieu le même jour. Pour ce dernier scrutin de la phase parlementaire de l’élection présidentielle, Siim Kallas a obtenu 42 voix et Mailis Reps, 26. Le nombre de bulletins blancs s’élève à 30.

L’entrée en scène du collège électoral

Étant donné qu’aucun candidat n’a pu être élu, le président du Riigikogu a annoncé la convocation du collège électoral dont le premier tour se tiendra le 24 septembre, comme à son habitude, dans la salle de concert de l’orchestre philarmonique d’Estonie (Estonia). Composé en grande majorité des représentants des collectivités territoriales auxquels s’ajoutent les 101 membres du Riigikogu, le collège électoral (335 membres) donne à l’élection présidentielle une dimension bien différente de celle qui s’est déroulée au sein du Parlement. En effet, l’influence des partis politiques y est moindre qu’à la représentation nationale. Les membres des assemblées locales ne sont pas toujours rattachés à des formations politiques nationales (erakond). Ils font souvent partis d’unions électorales (valimisliit) au niveau local. Ainsi, pour l’élection présidentielle, il n’est pas certain que les grands électeurs suivront les consignes électorales des partis politiques nationaux.

La ministre des affaires étrangères, Marina Kaljurand attend cette phase électorale pour présenter sa candidature. Elle estime ses chances de succès supérieures à celles de Siim Kallas. Nous verrons bien si son pari s’avère gagnant.

Le mode de prise de décision diffère également. On passe d’un vote à la majorité qualifiée à un vote à la majorité absolue. Au sein du collège électoral, c’est le candidat qui obtient au moins 50 % des voix + une voix qui remporte l’élection. Ceci pour favoriser le déblocage d’une situation où le Parlement est incapable d’élire le chef de l’État. Encore faut-il que les grands électeurs arrivent à trouver cette majorité. Le second tour de scrutin, qui met en compétition les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix au tour précédent, fonctionne sur le même schéma décisionnel alors qu’il aurait été plus judicieux, à ce stade ultime de l’élection, d’exiger une majorité simple, à savoir que c’est le candidat qui obtient le plus grand nombre de suffrages qui l’emporte. Si le second tour de scrutin est encore un échec, la compétence électorale revient aux parlementaires pour clore la procédure.

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Elections présidentielles - 2016

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BERGER 07/09/2016 13:50

Concernant les noms des candidats je ne vois que des noms d'origine estoniennes, cela pourrait paraître normale en Estonie , sauf que plus de 30 % de la population est russe et si on compte avec les électeurs ayant changés leurs noms dans les années 91-96 pour ne pas paraître trop russe il ont pris des patronymes à résonance pure estonienne. Par qui et comment est représenté la "communauté russe " est ce que l'Europe ,si prompte à dénoncer le racisme en France et ailleurs, comment l'Europe réagit à cette inégalité . J'écris ces mots, sans doute ,avec peu de connaissance sur la politique et les règles juridiques en Estonie mais cette situation de mise à l'écart des russes est pour moi choquante .. Dans tous ces partis cités dans le blog existe -il un parti qui défends les Estoniens d'origine Russe?, merci pour votre réponse.

Rodolphe Laffranque 23/09/2016 07:39

Et merci à vous de l'intérêt que vous manifestez pour cette question.

BERGER 08/09/2016 10:10

Merci pour réponse et analyse positive de la situation, je fais confiance à votre optimisme pour l'intégration des Russes (Russophones et personne d'origine Russe) dans le paysage politique d'Estonie c'est bien entendu la solution la plus civilisée de traiter le sujet. Mes remarques précédentes relataient, sans doute , une situation d'il y déjà quelques années je suis heureux d'apprendre que les choses s'arrangent.

Rodolphe Laffranque 08/09/2016 09:12

Les russes ne sont pas mis à l'écart. Il y a bien eu en 2014-2015 Jevgeni Ossinovski, de père d'origine russe, comme ministre de l'éducation nat. Aussi Marina Kaljurand a une mère russe. Il y a beaucoup de personnes en Estonie qui ont gardé leur nom de famille à consonance russe. Je ne vois pas le problème. Les citoyens d'origine russes s'intègrent de mieux en mieux avec le temps et les Estoniens d'origine st de plus en plus tolérants. C'est mon point de vue mais je peux me tromper.