Kersti Kaljulaid, la candidate providentielle à la fonction présidentielle comme sortie d’un chapeau de magicien

Publié le 29 Septembre 2016

Kersti Kaljulaid

Kersti Kaljulaid

Après la surprenante et inédite non-élection, samedi dernier, du Président de la République à l’issue des deux tours de scrutin au collège électoral (voir : http://estonie-au-quotidien.over-blog.com/2016/09/l-election-presidentielle-au-college-electoral-un-surprenant-fiasco-a-l-estonienne.html), l’Estonie était au bord de la crise constitutionnelle. Il revenait alors au Riigikogu, dont la tâche est désormais ou à nouveau d’élire le chef de l’Etat, de tout faire pour éviter qu’une telle crise se produise véritablement. Pour ce faire, le Parlement estonien se devait de trouver au moins un candidat à la fonction suprême et ce dans les plus brefs délais ; le vote étant prévu dans cinq jours (lundi 3 octobre).

C’est ainsi que, mercredi (27 septembre), la conférence des présidents du Riigikogu, composée des présidents des six groupes parlementaires et des trois membres du bureau de l’assemblée, est tombé d’accord sur le nom d’un candidat, en l’occurrence d’une candidate puisqu’il s’agit de … Kersti Kaljulaid.

Inconnue sur la scène politico-médiatique estonienne, largement ignorée du grand public, Kersti Kaljulaid vit en effet à l’étranger depuis 12 ans. Elle exerce ses fonctions à Luxembourg en tant que membre de la Cour des comptes européenne depuis mai 2004 (voir son CV in fine). Et pourtant, en quelques heures pratiquement, elle est apparue comme étant la seule personnalité à avoir le soutien d’au moins 68 députés. La conférence des présidents, ne souhaitant pas un nouvel échec lors du vote lundi prochain (3 octobre), voulait s’assurer que celui ou celle qui présenterait sa candidature aurait de grande chance d’avoir en sa faveur le soutien d’au moins 2/3 des membres du Parlement (nombre minimum de suffrages pour être élu).

Aux yeux de la population, le nom de Kersti Kaljulaid a surgi comme par magie, tel le lapin sorti du chapeau du magicien. Une apparition providentielle ?! Dans une interview accordée hier à la chaîne ETV (dans l’émission Pealtnägija), Kaljulaid avoue qu’au début de l’été, on lui avait déjà proposée de se présenter aux élections mais qu’elle avait rejeté la proposition. Aujourd’hui, elle reconnaît que sa candidature est venue de façon inattendue : « Je vous le dis tout à fait honnêtement, je n’attendais pas et je ne voulais pas que les choses aillent de cette façon ; je ne suis pas encore tout à fait remise du fait que l’élection revienne au Riigikogu. Une telle situation ne s’est jamais produite en Estonie auparavant », confie-t-elle au journaliste.

Quand on pense que les candidats précédents ont dû mener une campagne électorale de plusieurs mois, pendant laquelle ils étaient invités par les journalistes à expliquer, dans tous les médias, leurs opinions, voire même leur programme politique en tant que futur chef de l’Etat, un peu comme s’il s’agissait d’une élection au suffrage universel direct (ce qui a été critiqué par certains comme notamment par l’ancien Président, Arnold Rüütel) alors que Kersti Kaljulaid arrive, en l’espace de 48h, à devenir la candidate acceptée par  pratiquement toute la classe politique, on peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé de toute la procédure de désignation du chef de l’Etat telle qu’elle est prévue dans les textes et telles qu’elle est réellement mise en pratique. De cette situation pour le moins abracadabrante, il ressorte toutefois un côté positif : Face au risque de voir l’Estonie sombrer dans une crise institutionnelle, les partis politiques représentés au Riigikogu ont réussi à dépasser leurs clivages traditionnels et, dans l’intérêt supérieur du pays, à dialoguer et à s’entendre sur le nom d’un candidat à la présidence de la République. Comme quoi : quand on veut, on peut !

Proposée comme candidate par la conférence des présidents, Kersti Kaljulaid a été reçue dans le bureau des six groupes parlementaires pour un entretien avec les députés. Au final, on peut dire que Kaljulaid a su convaincre la grande majorité d’entre eux. En effet, toutes les formations politiques du Riigikogu étaient d’accord pour soutenir sa candidature, mis à part le parti populaire conservateur EKRE qui a émis quelques réserves à son égard. Le président du groupe EKRE, Martin Helme n’exclut par toutefois que les membres de son parti lui accordent leur soutien lors du vote. « J’ai convaincu les membres du Riigikogu, maintenant il me reste à convaincre le peuple d’Estonie », annonce Kaljulaid.

En tant que Présidente de la République, Kaljulaid promet d’aller à la rencontre de la population, de dialoguer avec les gens, pour qu’ils apprennent à mieux la connaître. A la question du journaliste d’ETV qui se demande quel type de chef de l’Etat elle sera, la prétendante à la plus haute fonction de l’Etat répond qu’elle sera une « présidente capable d’empathie » : « Celle qui parle avec tous les groupes d’intérêt de la société et qui n’oublie jamais de donner la priorité aux plus faibles. Il convient d’amplifier dans la société la voix de ceux qui ont tendance à moins se faire entendre et cela est très important », explique-t-elle.

 

Le vote du 3 octobre semble être désormais une simple formalité. Nous verrons bien lundi, si le feuilleton politico-dramatique de l’élection présentielle 2016 trouvera un dénouement heureux.

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CV de Kersti Kaljulaid

 

Née à Tartu (Estonie) en 1969.

Licence de biologie (génétique) de l'université de Tartu (Estonie) en 1992. Maîtrise en administration des entreprises (MBA) de la même université en 2001.

 

Expérience professionnelle récente:

De 1998 à 1999, Kersti Kaljulaid a travaillé à la Hansapank Markets (département des placements financiers). Elle y était chargée des contrôles diligents des opérations de fusion, d'acquisition et de privatisation.

En 1999, Kersti Kaljulaid est entrée au cabinet du premier ministre estonien comme conseiller stratégique. Elle y était notamment chargée de la coordination entre le cabinet du premier ministre, la Banque d'Estonie, le ministère des finances et les principaux ministères dépensiers, ainsi que des relations avec le FMI et d'autres institutions financières multilatérales (Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Banque nordique d'investissement, Banque mondiale). Elle a participé aux travaux préparatoires à la réforme des retraites avec les ministres des finances et des affaires sociales et a assisté le premier ministre lors des négociations budgétaires annuelles avec les ministres.

En février 2002, Kersti Kaljulaid a été nommée directeur financier de la centrale électrique d'Iru, qui dépend de la Compagnie d'énergie d'Estonie. En septembre 2002, elle est devenue directrice générale du site. Kersti Kaljulaid a représenté le gouvernement au conseil d'administration de la fondation Estonian Genome jusqu'à sa nomination à la Cour des comptes européenne. De 2002 à 2004, elle a présenté une émission de radio hebdomadaire consacrée à la politique économique nationale.

Kersti Kaljulaid est membre du groupe d'audit II (politiques structurelles, transport, recherche et énergie) de la Cour des comptes européenne depuis le 7 mai 2004.

De mars 2006 à mars 2008, Kersti Kaljulaid a été présidente du comité administratif de la Cour. Depuis février 2008, elle est membre du groupe CEAD (coordination, communication, évaluation, assurance et développement).

Kersti Kaljulaid est également membre du comité de contrôle commun d'Europol.

 

Source : http://www.europarl.europa.eu/

Rédigé par Rodolphe Laffranque

Publié dans #Elections présidentielles - 2016

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Jean-Denis 29/09/2016 20:47

Quel beau parcours pour Kersti et si le parlement l'a choisi entre tous et toutes c'est qu'elle doit être forte donc ce fera une très bonne présidente pour l'Estonie . comme un conte d'autrefois l'histoire commença mal mais fini bien !... . C'est très valorisant pour notre petite république d'Estonie.

Rodolphe Laffranque 30/09/2016 07:46

Certainement mais entendons quand même lundi pour clore l'histoire.